Le Trotskisme

Le Trotskisme

10/ Le Socialist Workers Party et le déclin du Trotskisme aux États-Unis

Source : The Socialist Workers Party and the decline of Trotskyism in the United States par J. Sykes – Fight Back News – 28 juin 2023

Alors que nous terminons notre série sur le trotskisme, penchons-nous sur le triste et honteux bilan du trotskisme aux États-Unis. Cet article se penchera sur le Socialist Workers Party (SWP ou Parti Socialiste des travailleurs).

Le Socialist Workers Party (SWP) est le plus ancien groupe trotskiste des États-Unis, dont les origines remontent à l’expulsion des trotskistes, dirigés par James P. Cannon1 et Max Shachtman2, du Parti Communiste en 1928. Ils formèrent un groupe appelé Communist League of America (Ligue Communiste d’Amérique), qui fusionna peu après avec l’American Workers Party (Parti des Travailleurs Américains) pour former le Workers Party of the United States (Parti des Travailleurs des États-Unis). Cette organisation se dissout et rejoint dans son intégralité le Parti Socialiste d’Amérique (SP), dans le but de le prendre sous son contrôle ou d’en éloigner les militants.

Il ne fallut pas longtemps avant que les trotskistes soient expulsés du SP et forment le Socialist Workers Party (SWP) en 1938. En 1940, le SWP se scinda, Max Shachtman emmenant avec lui une minorité importante pour former une nouvelle organisation trotskiste appelée le Workers Party (Parti des Travailleurs).

Le grand leader communiste américain William Z. Foster3 a écrit sur les origines du Socialist Workers Party dans son important ouvrage publié en 1952, L’Histoire du Parti Communiste des États-Unis. Il explique que la formation du SWP trouve ses racines dans l’expulsion des trotskistes du Parti Communiste de l’Union Soviétique (PCUS) et du Komintern en 1928. Il vaut la peine de citer Foster longuement à ce sujet.

Au moment du sixième congrès du Komintern en 1928, Trotski était en exil, considéré comme un criminel contre la Révolution. Il lança un appel au congrès pour tenter de le convaincre de répudier la décision du Parti Communiste et du gouvernement de l’Union Soviétique. Le congrès rejeta toutefois cette proposition insolente à une écrasante majorité. Néanmoins, le projet trouva un partisan secret en la personne de James Cannon, l’un des délégués du Parti Communiste des États-Unis. À son retour dans son pays, Cannon commença immédiatement à diffuser clandestinement la propagande trotskiste auprès de ses amis. Ils prônaient le retrait des syndicats existants, l’abandon du front unique et menaient une lutte factieuse acharnée. Les dirigeants Bittelman-Foster, apprenant ce qui se passait, portèrent plainte contre Cannon, Max Shachtman et M. Abern, qui furent tous rapidement expulsés du Parti pour séparatisme, perturbation et dégénérescence politique. Une centaine de partisans de Cannon furent également finalement exclus du Parti.

Suite à leur expulsion, les trotskistes formèrent une ligue d’opposition qui, après plusieurs scissions internes et deux fusions hasardeuses – la première avec le groupe de Muste en 1934, la seconde avec le Socialist Party en 1936 – finit par émerger, en janvier 1938, sous le nom de Socialist Workers Party (Parti Socialiste des Travailleurs)… La raison d’être de ce parti, qui est la section américaine de la soi-disant Quatrième Internationale, avec son antagonisme pathologique envers le Parti Communiste et l’Union Soviétique, est de servir d’outil à la réaction. Il poursuit son travail contre-révolutionnaire contre le Parti et l’URSS sous le couvert d’un nuage de phrases super-révolutionnaires.

Le Socialist Workers Party d’aujourd’hui est similaire, sauf qu’il est encore plus petit, plus sectaire et plus insignifiant que jamais. Il s’oppose toujours au marxisme-léninisme et au socialisme sous le couvert d’une attaque contre le « stalinisme », et il s’oppose toujours aux luttes de libération nationale au nom de la « révolution permanente ».

Grâce à son rôle dans la grève des Teamsters à Minneapolis en 1934, le SWP a réussi à rester à flot tout au long des années 1930. Il s’est également développé à la suite de son entrée puis de son expulsion du Socialist Party, en emportant avec lui une partie de ses membres lors de la scission. Par la suite, le SWP est devenu le plus grand groupe trotskiste au monde et la force la plus importante de la « Quatrième Internationale » de Trotski.

Le SWP a commencé à perdre de son influence lorsque Max Shachtman a mené une scission importante en 1940. Il affirmait que la vision trotskiste dominante de l’URSS comme « État ouvrier dégénéré » était erronée et que la bureaucratie soviétique formait une nouvelle classe dirigeante. Shachtman appelait cela le « collectivisme bureaucratique ». Alors que le SWP défendait du bout des lèvres l’Union Soviétique tout en l’attaquant et en la dénonçant dans le même souffle, Shachtman et ses partisans abandonnèrent cette façade et prônèrent à la place un « troisième camp » trotskiste opposé à la fois au capitalisme et à l’URSS.

Aujourd’hui, le SWP suit la partie la plus arriérée de la classe ouvrière américaine. Prenons par exemple l’article du journal du SWP, The Militant, intitulé Biden se vante de son « état de l’Union » alors que les patrons continuent d’attaquer les travailleurs, publié le 27 février 2023. Ils y dénoncent « les politiques anti-femmes « woke » des démocrates sur le genre et la promotion de la « théorie critique de la race » – des politiques détestées par des millions de travailleurs ». Ces déclarations, comme beaucoup d’autres du même genre, ne sont que des répétitions éhontées des arguments transphobes de la droite, qui tentent sans vergogne de monter les personnes LGBTQ contre les femmes, parallèlement aux attaques de l’extrême droite contre l’éducation et le mouvement de libération des Noirs.

Dans un autre article daté du 12 juin 2023, ironiquement intitulé Une véritable révolution signifie diriger des millions de personnes, la dirigeante du SWP, Mary-Alice Waters, reprend une fois de plus le discours de la droite selon lequel les écoles « enseignent à ceux qui ont la peau blanche qu’ils sont racistes de naissance », brandissant une nouvelle fois le spectre de l’extrême droite républicaine, la Théorie Critique de la Race, pour s’allier aux réactionnaires. Elle poursuit en déplorant d’être qualifiée de transphobe pour avoir « défendu le fait biologique qu’il existe deux sexes ». Mais elle ne s’arrête pas là. Elle creuse encore plus profondément en déclarant : « Que ce soit sous la bannière de la « Cancel Culture », de la « Théorie Critique de la Race », du mouvement anti-juif « Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) » ou autre, ce sont des forces réactionnaires étrangères à la classe ouvrière et à ses alliés », répétant le mensonge sioniste selon lequel le soutien à la libération de la Palestine est antisémite.

Tout cela n’a rien de surprenant de la part des trotskistes, mais il est tout de même consternant de voir des personnes qui se disent socialistes et prétendent parler au nom de la classe ouvrière servir les intérêts des éléments les plus réactionnaires de la classe dirigeante américaine et tenter de les aider à répandre leur idéologie toxique au sein du mouvement ouvrier.

Le Socialist Workers Party a toujours été une triste ombre du véritable mouvement communiste aux États-Unis, et il n’a fait que s’enfoncer de plus en plus profondément en essayant désespérément de trouver ses marques dans un monde où il a perdu toute pertinence. En 2019, un groupe trotskiste américain, International Socialist Organization (Organisation Socialiste Internationale), s’est dissout. Espérons que le SWP ne soit pas loin derrière.

1 James P. Cannon (1890-1974) : syndicaliste étatsunien, communiste de tendance trotskiste, fondateurs du Socialist Workers Party.

2 Max Shachtman (1904-1972) : théoricien marxiste étatsunien, qui est progressivement passé du trotskisme à la social-démocratie.

3 William Z. Foster (1881-1961) : syndicaliste étatsunien, secrétaire général du Parti Communiste des États-Unis d’Amérique (1929-1932)