6/ VERS UNE RÉUNIFICATION ?
[Aujourd’hui, en Corée du Sud, les sujets de lutte sont encore nombreux. Les plaies de la colonisations japonaises ne sont toujours pas refermées, et malgré des relations « normalisées » au niveau des gouvernements, elles ne le seront pas tant que le Japon ne reconnaîtra pas l’esclavage sexuelle des « femmes de réconfort » dans ses bordels militaires dans les années 30 à 45. Dans les années 70-80 de grands mouvements sociaux ont eu lieu, pour plus de démocratie, de droits du travail, de droits sociaux, très réprimés par des gouvernements, téléguidés par les États-Unis, paniqués à l’idée que des idées « communistes » émergent dans la société.]
Ces décennies de lutte ont eu comme aboutissement majeur la création de la Commission Coréenne pour la Vérité sur les Massacres de Civils qui a mené une enquête compréhensive et perspicace de la vérité, définie comme cela à été le cas auparavant en Afrique du Sud comme dans l’intérêt de cicatrisation et du rétablissement, dans l’intérêt de la paix et de la réconciliation. Guérison, non seulement des gens mais de la nation – le fait que les victimes et les auteurs de crimes témoignent et sachent la vérité a une valeur réparatrice et thérapeutique.

Kim Dae Jung, élu Président de la République en 1997, qui est plus un homme politique charismatique qu’un historien ou un chercheur, a eu un rôle très important dans cette recherche de réconciliation au sein du Sud (notamment avec le sud-ouest rebelle qui a beaucoup souffert des répressions successives entre 1890 et les années 1990 par les japonais, les étatsuniens, puis les dictateurs successifs) et avec le Nord. Après son mandat et celui de son successeur, la plupart des gens ont changé de point de vue sur le Nord, les monstres communistes diaboliques sont devenus des frères, des cousins, dirigés par des oncles un peu cinglés.
[Tout cela permet aux coréens de rêver de réunification. Mais après plus de 75 ans de vie séparée et des évolutions diamétralement opposées, aucun des deux côtés n’admettrait d’être absorbé par l’autre. Alors certains imaginent un pays qui conserverait les deux systèmes. Malheureusement, tant que les États-Unis occuperont la Corée du Sud, toute idée de réunification paraît compromise, les espoirs évoluant au rythme des changements de présidents étatsuniens et sud-coréens, et de la politique internationale. En ce début de guerre froide avec la Chine, le peuple coréen se retrouve encore une fois au milieu d’enjeux politiques qui le dépasse et l’idée d’une réunification ne semble pas à l’ordre du jour et ne le sera peut-être pas avant longtemps…]