70 ans après : La Guerre de Corée, synthèse du livre de Bruce Cumings

70 ans après : La Guerre de Corée, synthèse du livre de Bruce Cumings

3/ SUR LA GUERRE « TOTALE »

[Lors de la Guerre de Corée, les États-Unis vont faire preuve d’un acharnement et d’une volonté de destruction impressionnante. La vie et la mort de millions de personnes étant décidées à des milliers de kilomètres de là par des stratèges complètement déconnectés de la réalité qui, malgré les expériences passées, croyaient encore que détruire tout un pays attaquerait le moral de ses habitants. De fait, ça n’a jamais fonctionné.]

L’une des stratégies de destruction totale se nomme « tapis de bombes » ou « bombardement de saturation ». Elle a été utilisée durant la Seconde Guerre Mondiale notamment à Dresde, Hambourg ou Tokyo et va l’être pendant 3 ans en Corée du Nord. Un plan d’autant plus disproportionné que, contrairement à l’Allemagne et au Japon, l’aviation nord-coréenne est incapable de répliquer.

Le napalm sera aussi utilisé à grande échelle de manière encore plus dévastatrice qu’au Vietnam, la Corée du Nord possédant des villes plus denses et des installations industrielles urbaines.

En tout, les États-Unis vont déverser 503 000 tonnes de bombes en Corée (sans compter les 32 600 tonnes de napalm). Détruisant les 22 plus grandes villes du Nord à plus de 50 % : Pyongyang 75 %, Sinanju 100 %, Sariwon 95 %, Wonsan 80 %, etc. Tout cela sans jamais se soucier des civils, la logique étant : « ce sont des sauvages, ça nous donne le droit de doucher de napalm des innocents« .

Après la guerre, l’US Air Force convaincra beaucoup de gens que le bombardement de saturation avait forcé les communistes à conclure la guerre. Elle aura tort, tout comme lors de la Seconde Guerre Mondiale, mais ça ne l’empêchera pas de recommencer la même destruction stupide et aveugle au Vietnam.

[Ces destructions systématiques et ses massacres de populations civiles ont lieu dans une étonnante indifférence alors même que la communauté internationale se pare d’atours humanistes pour la prévention des génocide et la protection de populations civiles en cas de guerre…] En 1948, La Convention sur le Génocide de l’ONU est approuvée et entre en application en janvier 1951 – juste au moment où l’US Air Force inflige le dit génocide aux citoyens de la Corée du Nord sous l’égide de l’ONU… Cette Convention définit le terme « génocide » comme des actes « commis dans l’intention de détruire, tout ou partie d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux« . Et cela inclue « La soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle« . Signée en 1948, elle aussi, à Stockholm, la Convention de la Croix Rouge sur la Protection des Populations Civiles en cas de Guerre, rends illégaux les bombardements de villes ennemies. Aucune de ces conventions n’aura le moindre impact sur cette guerre aérienne qui a opéré avec une stupide et implacable automaticité.

Autre stratégie de destruction totale, le feu ultime : les États-Unis ont plusieurs fois émis l’idée d’utiliser l’arme nucléaire et ont été très proches de le faire en avril 1951. Le 6, Truman ordonne de préparer des charges atomiques en vue d’un largage sur des cibles chinoises et nord-coréennes mais dans la confusion générale qui entourent le renvoi de MacArthur, l’ordre ne sera jamais envoyé. Deux raisons à cela : Truman profite de la crise pour convaincre les Chefs d’États-Major (Joint Chiefs of Staff – JCS) d’approuver le renvoi de MacArthur, et les chinois n’intensifient pas la guerre.

Mais des simulations ont lieu régulièrement et on peut imaginer les nerfs d’acier qu’il faut aux leaders du Nord en observant les bombardiers B-29 solitaires, chaque fois sans savoir si la bombe est vraie ou fausse.