1/ CONTEXTE
FORCES EN PRÉSENCE : (cette partie-là est un ajout)
À la fin de la 2nde Guerre Mondiale, en 1945, la Corée est partagée en deux au niveau du 38ème parallèle.
CORÉE DU NORD :
- À partir de 1948 : République Populaire et Démocratique de Corée (RPDC)
- Capitale : Pyongyang
- Premier Ministre de 1948 à 1972 (puis Président de la République jusqu’en 1994) : Kim Il-sung
- Sous influence de l’URSS.
Soutiens :
- République Populaire de Chine (RPC) :
- Fondée le 1er octobre 1949 (après une révolution, la guerre avec le Japon et une guerre civile)
- Dirigeant de 1949 à 1976 : Mao Zedong
- Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) :
- Dirigeant de 1924 à 1953 : Joseph Staline
CORÉE DU SUD :
- À partir de 1948 : République de Corée
- Capitale : Séoul
- Président de 1948 à 1960 : Rhee Syngman
- Sous occupation des États-Unis.
Soutiens :
- Forces Alliées de l’ONU :
- États-Unis, Royaume-Uni, Philippines, Thaïlande, Canada, Turquie, Australie, Nouvelle-Zélande, Éthiopie, Grèce, France (1 119 soldats), Colombie, Belgique, Afrique du Sud, Pays-Bas, Luxembourg, Danemark, Inde, Italie, Norvège, Suède.
- États-Unis d’Amérique (USA) :
- Président de 1945 à 1953 : Harry Truman
- Secrétaire d’État (Ministre des Affaires Étrangères) de 1949 à 1953 : Dean Acheson
- Général étatsunien et chef de l’armée onusienne qui intervient en Corée : Douglas MacArthur
- Doctrine de l’endiguement du communisme : L’endiguement visait à stopper l’extension de la zone d’influence soviétique au-delà de ses limites atteintes en mars 1947 et à contrer les États susceptibles d’adopter le communisme.
Rapide description historico-socio-économique de la Corée
La Corée est une nation très ancienne dont les frontières, l’ethnie et langue ont très peu changé pendant plus d’un millénaire. Sa structure sociale se maintient pendant des siècles. Durant les cinq siècles de la dernière dynastie elle se compose d’une vaste majorité de paysans, le plus souvent métayers, qui travaillent les terres d’une des aristocraties les plus tenaces. Comme l’État réprime toute activité marchande, la bourgeoisie se développe très peu.
Après l’annexion par le Japon, dans les années 20, une élite très jeune se développe. Elle aurait été capable de gouverner une Corée indépendante mais la dépression, les guerres et la très forte répression japonaise amène une grande partie de cette élite du côté de la collaboration avec l’occupant.
Petite chronologie sur le contexte avant 1950
[- À partir de 1876, le Japon a des vues sur la Corée. D’abord avec un traité « d’amitié » ensuite par différentes guerres, il étend son influence jusqu’à obtenir le protectorat puis l’annexion en 1910. L’abdication du roi Sunjong signe la fin de la monarchie coréenne. Le Japon occupe alors la Corée et vise son assimilation dans l’Empire.]
– En 1931-32, l’Empire du Japon s’étend encore et envahit des provinces du Nord-Est de la Chine. Les forces japonaises vont rapidement faire face à une armée hétéroclite de résistance dans laquelle les coréens constituent la très grande majorité. Dans cette région, ils représentent 90 % de certaines entités comme le Parti Communiste de Chine.
[- Le 4 juin 1937, à la tête d’une guérilla communiste anti-japonaise, Kim Il-sung gagne une bataille décisive juste à côté de la frontière sino-coréenne. Mais ça n’empêche pas le Japon d’affermir son emprise sur la Corée par des décrets d’assimilation : interdiction de l’enseignement du coréen et de l’histoire du pays à l’école, remplacement des patronymes coréens par des noms de famille japonais, mise en place du culte nippon du shinto, interdiction des revues et journaux coréens.
– 1937-1945 : Guerre Sino-Japonaise ou « guerres chinoises pour résister aux Japonais ». Les résistants coréens en exil forment les Forces Coréennes Libres en Mongolie-Intérieure.
– Au même moment, près d’un million de coréens sont enrôlés de force pour travailler au sein de l’Empire (10 000 d’entre eux périront à Hiroshima et Nagasaki) et 200 000 coréennes servent d’esclaves sexuelles dans des bordels militaires. Ces femmes seront cyniquement appelées « femmes de réconfort« . (Des crimes de guerre toujours pas reconnus par le Japon…) En tout, c’est 10 % de la population qui sera mobilisé.]
– À plusieurs milliers de kilomètres de là, dès 1942, les stratèges du Département d’État étatsunien (équivalent du Ministère des Affaires Étrangères) pensent que si la Corée tombe entre de mauvaises mains, ce serait une menace pour la sécurité du Pacifique d’après-guerre. Ils réalisent alors des plans pour une occupation complète ou partielle de la Corée une fois le Japon défait.
– En décembre 1945, ces plans sont mis en application et la Corée se retrouve coupée en deux au niveau du 38ème parallèle. Lors d’une conférence de leurs Ministres des Affaires Étrangères, les deux grandes puissances décident que le Nord sera sous tutelle de l’URSS et le Sud sous tutelle des États-Unis.
– La Corée du Sud reste occupée, le Japon y cède sa place aux États-Unis qui mettent en place un gouvernement militaire. Il durera 3 ans. Le peuple coréen est considéré comme victime du Japon, l’occupation est censée être « pacifique » et comporter une aide à la reconstruction et à la mise en place d’un état souverain. Mais les États-Unis adoptent une toute autre posture : celle d’une puissance colonisatrice. S’appuyant sur la structure politique issue de l’occupation japonaise et contrôlée par l’extrême droite, l’occupation étatsunienne prend plusieurs mesures décisives : le rétablissement de la Police Nationale coloniale (créée par le Japon, réputée brutale et impitoyable), la création d’une armée propre (c’est d’ailleurs de la nouvelle Korean Military Academy que sortira le futur dictateur Park Chung Hee, instigateur du coup d’état de 1961), et le rapatriement de Rhee Syngman, coréen exilé aux États-Unis, qu’ils imposent comme président de la nouvelle république à partir de 1948.
– La Corée du Sud devient un cas classique de l’application de la doctrine de l’endiguement du communisme entre 1948 et 1950 avec un plan Marshall d’aide économique, un groupe de consultants militaires et un soutien de l’ONU. Des documents internes confirment que les États-Unis la considèrent comme un pays clé.
1945-1950 : Insurrections et répression
En 1945, quelques mois séparent la reddition de l’Empire du Japon de l’arrivée des États-Unis. Des Comités du Peuple se forment un peu partout pour reprendre le contrôle et l’organisation des villes. Ces comités sont dirigés soit par des propriétaires terriens, soit par d’anciens résistants (comme à Gwangju), tout dépend de l’histoire de la région où ils sont créés. Ce sont donc des rassemblements patriotiques et anticoloniaux aux aspects politiques complexes. Mais les colons étatsuniens de Séoul les placent tous directement sous l’étiquette de « communiste ». Pour autant, là où les Comités du Peuple sont les plus puissants, l’administration étatsunienne est contrainte de travailler avec eux, pendant parfois plus d’un an. Dans les usines aussi, des comités de gestion autonomes sont créés.
Dès 1946, un mécontentement grandissant de la population s’exprime. Les principales causes en sont les inégalités ancestrales du partage des terres et le fossé énorme entre la petite élite des riches et la vaste majorité des pauvres. Mais l’ingérence étatsunienne va mettre de l’huile sur le feu. La puissance coloniale supprime les Comités du Peuple, rend illégaux les syndicats, et instaure une très forte répression. Dans tout le pays, dans les villes comme dans les campagnes, les insurrections apparaissent les unes après les autres parfois par un effet de domino. Ces révoltes vont jusqu’à menacer le pouvoir de la république naissante.
Contrairement aux idées reçues, tous ces mouvements sont indigènes. Ils s’appuient parfois sur d’anciens réseaux ou d’anciens membres de la résistance anti-japonaise mais n’entretiennent aucun lien avec les soviétiques et peu de liens avec la Corée du Nord (sauf dans les provinces du nord-est) ou même avec le communisme. C’est pourtant sous ce prétexte qu’ils seront réprimés très fortement, voire de manière cruelle.
Les forces contre-insurrectionnelles, elles, sont organisées et équipées par les États-Unis. Elles se composent de la Police Nationale et de milices de jeunes d’extrême-droite. Les États-Unis leur fournissent leur meilleur renseignement, établissent les stratégies et, souvent, les commandent directement.
Entre 1945 et 1950, avant même le début de la guerre de Corée, c’est près de 100 000 coréens qui vont perdre la vie dans des violences politiques. La guerre civile espagnole – qui est bien connue pour avoir été fratricide, sanguinaire et avoir généré des inimitiés qui ont perduré plus d’un demi siècle – semble être la meilleure comparaison possible pour cette guerre civile coréenne qui a commencé bien avant juin 1950 et qui se poursuit encore aujourd’hui.


