2/ LE COURS DE LA GUERRE
25 juin 1950 : Le début de la guerre
Dès mai 1949, face à l’impossibilité d’une réunification politique, des escarmouches ont régulièrement lieu à la frontière du 38ème parallèle. Mais chacun des gouvernants du Nord (Kim Il-sung) et du Sud (Rhee Syngman) sait que son puissant allié (URSS pour le Nord et USA pour le Sud) pourra difficilement le soutenir s’il provoque la guerre.
Dans le Sud, les guérillas s’enlisent et les morts s’amoncèlent. Kim Il-sung, qui est un guerrier, est probablement fatigué de son impuissance. Toujours est-il qu’il prend la décision de passer de la guerre civile à la guerre conventionnelle quelques mois avant ce fameux 25 juin (comme l’attestent des documents officiels soviétiques). Son idée est de profiter d’une provocation du Sud à la frontière pour attaquer et mettre à bas le régime de Rhee Syngman. L’armée du Nord est moins importante que celle du Sud, mais ses soldats sont plus expérimentés. Beaucoup ont combattus en Chine pendant la résistance anti-japonaise, la Révolution ou la guerre civile
Mais les archives soviétiques font aussi apparaître un Staline prudent et réticent qui va tout d’abord retenir Kim, avant de changer d’avis, de lui offrir des équipements militaires et de lui envoyer des conseillers. Malgré tout, Staline, craignant le basculement dans une troisième guerre mondiale, continuera pendant plusieurs mois à vouloir distancier l’URSS de l’aventurisme de Kim. Mao aura moins de réserve à le soutenir.
Dans la nuit du 24 au 25 juin 1950, une escarmouche parmi d’autres permet à Kim Il-sung de mettre son plan à exécution. Il franchit le 38ème parallèle.
Devant l’avancée du Nord certains régiments du Sud contrattaquent mais d’autres paniquent et fuient en laissant la plupart de leur matériel sur place. D’autres encore se mutinent pour plusieurs raisons : leur faible puissance de feu, leur manque d’entraînement, une certaine défiance envers des officiers qui ont servi dans l’armée du Japon, et pour couronner le tout l’impopularité grandissante du gouvernement de Rhee qui a été désavoué par une élection relativement libre quelques semaines auparavant.
L’intervention étatsunienne par le biais de l’ONU
Les États-Unis sont à ce moment-là en plein MacCarthysme. La chasse aux sorcières fait rage, écartant la plupart des spécialistes de la région et des conseillers adeptes d’une doctrine de l’endiguement non-interventionniste.
C’est donc, contrairement aux idées reçues, le Secrétaire d’État étatsunien (Ministre des Affaires Étrangères), Dean Acheson, qui va prendre seul la décision de l’intervention de l’armée étatsunienne sur le territoire coréen. Acheson ne peut pas supporter que la Corée du Nord se moque des États-Unis en osant envahir la Corée du Sud, d’autant que celle-ci est essentielle à la renaissance industrielle du Japon, très importante dans ses plans pour la région. Acheson est très rapidement appuyé par la Maison Blanche et les Nations Unies qui prennent une résolution pour lancer l’intervention des Forces Alliées. L’URSS est prise de court. Cette décision arrive alors qu’elle faisait le jeu de la chaise vide au Conseil de Sécurité pour revendiquer la reconnaissance de la République Populaire de Chine. Elle n’est donc pas là pour mettre son véto.
Douglas MacArthur, le Général étatsunien, est choisi pour commander les Forces Alliées de l’ONU. Pétri de préjugé racistes et de mépris vis-à-vis des coréens, il va tout d’abord se laisser surprendre. Il faut dire qu’il n’avait pas non plus prévu que l’armée du Nord soit soutenue par la population. Des milliers de guérilleros dans les campagnes, dont beaucoup de femmes très actives dans les combats, participent au harcèlement des Force Alliées et aident à les repousser vers le sud. Si bien qu’en septembre, les forces nord-coréennes occupent la presque-totalité de la péninsule à l’exception d’un petit périmètre au sud (autour de la ville de Pusan).
En réponse, MacArthur fait bombarder et réduire en cendres chaque village suspecté de soutenir ou d’abriter la guérilla. Des couvre-feux et un fort contrôle des populations sont mis en place. Les villes dont l’histoire a montré une inclination pour des idées de gauche sont vidées de leur habitants et séquestrés sur des îles.
« La grande retraite stratégique »
En septembre 1950, l’Armée Populaire de Corée du Nord occupent quasiment toute la péninsule. Seul le périmètre de Pusan reste aux mains de l’armée de Corée du Sud et ses soutiens. La situation change du tout au tout le 15 septembre quand un débarquement, orchestré par le Général MacArthur, ouvre un front à l’ouest, à côté de la ville d’Incheon. Contrairement à la mythologie étatsunienne, les nord-coréens sont parfaitement au courant du plan de MacArthur. Mais n’ayant pas la puissance pour résister, ils entament ce que leurs historiens appellent « la grande retraite stratégique » et commencent à remonter vers le nord. Des documents officiels subtilisés montrent que l’armée de Kim prend des mesures cruciales pour protéger la retraite en attaquant l’armée étatsunienne à des points clés.
Le front remonte donc jusqu’au 38ème parallèle. La guerre aurait pu en rester là, les Forces Alliées ayant réussi à récupérer la situation de départ. Mais pourquoi « endiguer le communisme » quand on peut le faire reculer ? Sur conseil de son Département d’État, Truman approuve la décision d’envahir le Nord et les troupes franchissent le 38ème parallèle le 7 octobre.
L’occupation du Nord par le Sud et l’ONU
L’idée du Département d’État étatsunien, en envahissant le Nord, n’est pas de le rendre au Sud, mais que « l’autorité suprême » en soit l’ONU et qu’à terme des élections soient organisées sous supervision onusienne. Le plan prévoit même de conserver les avancées sociales et la réforme agraire qui y ont eu lieu.
Cependant, sur le terrain, à des milliers de kilomètres des « penseurs » du Département d’État, c’est tout l’inverse qui se passe. Le système du Sud s’impose à l’autre moitié du pays. Or, la « Loi de Sécurité Nationale » de Corée du Sud définit la Corée du Nord comme « une entité anti-étatique », autrement dit comme un ennemi. Ajoutons à cela que les forces d’occupation sont composées de la Police Nationale du Sud (basée sur l’ancienne Police Nationale coloniale japonaise anti-communiste et brutale) et de milices de jeunes d’extrême-droite (qui ont grandement participé à la répression anti-communiste avant la guerre de manière très cruelle) et qu’elles ne sont contrôlées par personne. Il en résulte de nombreux massacres de civils.
L’intervention chinoise
1950 Staline craint qu’une offensive chinoise trop puissante précipite l’entrée dans une 3ème guerre mondiale et revient sur sa promesse de fournir son aviation pour protéger les côtes chinoises. [Nous sommes 5 ans seulement après la fin de la Seconde Guerre Mondiale qui a coûté vingt millions de morts à l’URSS ; après Hiroshima et Nagasaki ; et alors que les 1ers essais nucléaires soviétiques ont seulement débuté] Un officiel de haut rang de l’époque a même rapporté que Staline était prêt à concéder la Corée aux États-Unis : « Et alors ? Laissons les États-Unis devenir nos voisins en extrême-orient… Nous ne sommes pas prêts pour le combat.«
Au contraire, la Chine se doit de venir en aide à la Corée du Nord du fait du sacrifice de beaucoup de coréens pendant sa révolution, dans la résistance anti-japonaise et lors de la guerre civile. Mao prend donc la décision d’intervenir le jour où les Forces Alliées franchissent le 38ème parallèle (le 7 octobre 1950). Mais il faut savoir attendre le bon moment. La stratégie mise en place avec Kim Il-sung est de laisser l’armée adverse s’engouffrer en profondeur sur le territoire nord-coréen pour étendre sa ligne de ravitaillement au maximum, attendre l’hiver et gagner du temps pour renverser la bataille. [Ce qui fonctionnera puisque les États-Unis seront pris par surprise par l’hiver et par l’armée de 500 000 volontaires chinois qui attaqueront au moment où les soldats étatsuniens se rapprocheront de la frontière avec la Chine. Il en résultera une grande débâcle des Forces Alliées qui permettra au front de redescendre jusqu’à Séoul. Il se stabilisera en mars 1951 au niveau du 38ème parallèle.]
Suspension de la guerre et premier bilan
Le 23 juin 1951, le représentant de l’URSS à l’ONU propose l’ouverture de discussions entre les belligérants. Truman accepte. Ces discussions dureront plusieurs années [durant lesquelles une guerre de tranchée se met en place et un bombardement systématique du Nord par l’US Air Force dont le but est de tout détruire] avec de multiples trêves et reprises des combats. Staline, n’ayant visiblement plus peur d’une troisième guerre mondiale, laisse traîner. Est-ce en raison de la mort de Staline, ou de l’escalade des essais atomiques étatsuniens et de la menace de bombarder la Chine ? Les historiens diffèrent, mais l’armistice est signée le 27 juillet 1953 par la Corée du Nord et la Chine d’un côté et l’ONU de l’autre. [Il est donc à noter que la Corée du Sud n’a pas signé l’armistice parce qu’elle a toujours refusé de signer un accord qui diviserait le pays en deux.]
Le 28 juillet 1953, la cour de l’Iowa statue que les États-Unis n’ont jamais été en guerre contre la Corée du Nord puisque le Congrès ne l’a jamais votée. Que dire alors de ce bilan ?
- Corée du Nord : 2 millions de morts dont 1 million de civils.
- Chine : 900 000 volontaires morts.
- Corée du Sud : 415 000 morts.
- USA : 34 000 morts, 92 000 blessés, 8 200 disparus.
- ONU : 3 000 morts.




